Guide du CNB de mars 2026consulté le 13 août 2026
Ce que la profession a écrit, et ce que personne n'a lu.
IA en cabinet d'avocats : ce que la déontologie vous autorise à faire
Le Conseil national des barreaux a publié en mars 2026 un guide consacré à la déontologie et à l'intelligence artificielle. Il n'interdit pas ces outils, il en autorise l'usage sous conditions, et il laisse la responsabilité exactement où elle était : sur l'avocat qui signe. Trois exigences en découlent pour un cabinet, ne pas confier à une intelligence artificielle générative ce qui est couvert par le secret professionnel, vérifier à la source tout ce qu'elle produit, et pouvoir dire ce qui a été fait avec quel outil.
Guide « La déontologie et l'intelligence artificielle », Conseil national des barreaux, adopté en mars 2026 sur proposition de la commission Règles et usages. Consulté le 13 août 2026.

Sommaire
SommaireCe que la profession a écrit
Que dit le Conseil national des barreaux sur l'usage de l'IA ?
Le guide adopté en mars 2026 par le Conseil national des barreaux ne crée aucune règle nouvelle, et c'est sa principale qualité. Il prend les principes essentiels de la profession, qui existaient bien avant ces outils, et il dit comment chacun s'applique quand un avocat ouvre une intelligence artificielle générative. Secret professionnel, protection des données personnelles, compétence, diligence, indépendance, conflits d'intérêts, information du client, honoraires : les mêmes obligations qu'hier, appliquées à un objet nouveau.
Il ne s'agit pas d'un règlement et il ne modifie pas le règlement intérieur national. Cela ne le rend pas facultatif pour autant : un texte adopté par l'institution qui représente la profession est ce qu'une instance disciplinaire lira le jour où la question se posera, et ce qu'un confrère adverse citera avant elle. Le lire une fois vaut mieux que le découvrir dans ces circonstances.
La conclusion qui traverse le document mérite d'être posée d'emblée, parce qu'elle rassure et qu'elle engage en même temps : l'usage de l'IA par un avocat est licite. Ce qui ne l'est pas, c'est l'usage non maîtrisé, celui où l'on ne sait pas où sont parties les informations ni ce qui a été vérifié.
Peut-on soumettre une pièce de dossier à une IA ?
C'est la règle la plus stricte du guide, et elle se formule simplement : ce qui est couvert par le secret professionnel ne se transmet pas à une intelligence artificielle générative. La formulation vise la transmission à un outil, pas l'usage de l'IA en général, et cette nuance décide de tout ce qui suit.
Un cabinet dispose en effet de plusieurs façons de faire travailler un modèle sans que rien ne sorte de chez lui. La question n'est donc pas de renoncer, elle est de savoir où vivent les données de chaque outil que vous ouvrez, ce qui se vérifie avant le premier usage et non après. Cette décision d'hébergement est traitée en détail sur notre page consacrée aux cabinets d'avocats, avec ce que chaque régime coûte réellement.
Reste l'anonymisation, que le guide présente comme la précaution à prendre lorsqu'une soumission est nécessaire. Elle fonctionne mieux sur le papier qu'en contentieux, et il faut le dire : dans une affaire à faible nombre de parties, retirer les noms ne suffit pas, parce que ce sont les faits qui identifient les personnes. Une date, un lieu, un montant et une qualité rendent un dossier reconnaissable sans qu'aucun nom n'apparaisse. L'anonymisation vaut pour les usages généraux, elle ne transforme pas une pièce sensible en document neutre.
Qui répond d'une jurisprudence inventée par une IA ?
L'avocat qui signe les écritures, et personne d'autre : le guide le rappelle sans détour, aucun contrat conclu avec un éditeur n'exonère l'avocat de sa responsabilité envers son client. Cette phrase règle par avance la question que beaucoup se posent en lisant les conditions générales d'un outil, et elle ferme la porte à l'idée qu'un fournisseur puisse porter une part du risque professionnel.
D'où l'exigence de vérification, que le guide veut systématique et non par sondage. Le mode de défaillance propre à ces outils explique pourquoi le sondage ne suffit pas : une référence inventée ne ressemble pas à une erreur, elle ressemble à une référence. Une juridiction qui existe, une date plausible, un numéro bien formé, un attendu écrit dans la langue du droit. Rien n'attire l'œil, et c'est exactement ce qui la rend dangereuse.
La règle pratique qui en découle tient en une ligne et se transmet à un collaborateur en une phrase : aucune décision n'entre dans vos écritures si vous ne l'avez pas ouverte à la source. Elle ne coûte presque rien sur un dossier et elle supprime la totalité du risque, ce qui est rare.
La règle à transmettre
Aucune référence dans vos écritures qui n'ait été ouverte à la source.
La seule règle de ce guide qui protège d'un risque déjà constaté ailleurs, et la moins coûteuse à appliquer.
Que faut-il mettre en place concrètement au cabinet ?
Le guide recommande de tracer chaque usage : l'outil, l'objectif, les données soumises, le résultat obtenu et les vérifications effectuées. L'intention est juste et personne ne la tiendra requête par requête. Voici la version qui se tient dans la durée, sachant que votre organisation en appellera d'autres que nous n'aurions pas devinées.
| Ce qu'il faut poser | Ce que cela évite |
|---|---|
| Une règle d'usage écrite, au niveau du cabinet | Elle dit quels outils sont ouverts, sur quels documents, et qui tranche en cas de doute. C'est la seule pièce que vous produirez si la question vous est posée un jour, et elle tient sur une page. |
| La liste des outils réellement utilisés, tenue à jour | Avec, pour chacun, où sont hébergées les données et si l'éditeur s'engage à ne pas s'en servir pour entraîner ses modèles. Cette liste se périme vite : elle se relit au trimestre. |
| Une trace sur les usages sensibles seulement | Quel outil, sur quel dossier, ce qui a été vérifié. Le guide invite à tracer chaque usage ; personne ne le fera à chaque requête, et une règle que personne ne tient ne protège personne. |
| Le nom de la personne qui répond des questions d'usage | Sans destinataire désigné, les questions se posent entre collaborateurs et les mauvaises réponses circulent plus vite que les bonnes. |
Ces quatre points ont en commun de tenir dans un document court et de se relire une fois par trimestre. Ils répondent à la fois à l'exigence de diligence du guide et à un problème que vous avez déjà : savoir ce que le cabinet utilise réellement, ce qui est rarement le cas dès qu'une équipe dépasse quelques personnes.
La compétence, que le guide range parmi les principes essentiels, se travaille dans le même mouvement. Elle rejoint une obligation venue du droit européen, distincte de la déontologie et applicable à tout employeur, celle de prendre des mesures pour que ceux qui utilisent l'IA sachent s'en servir. Elle a changé de nature au cours de l'été et demande aujourd'hui beaucoup moins qu'on ne le lit.
Faut-il en informer le client, et cela change-t-il les honoraires ?
Le guide identifie deux situations où l'information du client est obligatoire, et il faut les connaître parce qu'elles sont plus étroites qu'on ne le suppose. La première suppose l'accord du client : entraîner sur ses données un système d'intelligence artificielle propre au cabinet. La seconde est le recours à un robot conversationnel. En dehors de ces deux cas, le guide laisse l'appréciation à l'avocat et propose une clause type à insérer dans la convention d'honoraires.
Le tableau ci-dessous rassemble les usages courants et ce que chacun impose. Il ne couvre pas toutes les situations d'un cabinet, et les matières les plus sensibles en appellent d'autres.
| Ce que vous voulez faire | Ce que la déontologie impose | Ce qui suffit en pratique |
|---|---|---|
| Reformuler un courrier, se faire réexpliquer un mécanisme, préparer une clause vierge | Rien de particulier : aucune information couverte par le secret n'est en jeu. | Un outil du marché sous contrat professionnel, et une règle écrite qui dit que cet usage-là est permis. |
| Résumer ou interroger une pièce de dossier | Ne pas transmettre à une IA générative ce qui est couvert par le secret professionnel. | Un outil dont vous maîtrisez l'hébergement, ou une anonymisation réelle, dont les limites sont dites plus bas. |
| Chercher une décision de jurisprudence | Vérifier ce que l'outil produit, systématiquement et non par sondage. | N'écrire dans vos conclusions aucune référence que vous n'avez pas ouverte à la source. |
| Monter un projet d'acte à partir de vos modèles | La responsabilité reste entière et ne se transfère à aucun éditeur. | Une relecture qui porte sur le fond, pas sur la forme, et la trace de qui a relu quoi. |
| Faire répondre un robot conversationnel aux visiteurs de votre site | Informer : c'est l'un des deux cas où le guide rend l'information du client obligatoire. | Une mention claire que l'interlocuteur n'est pas un avocat, et la règle qui dit ce que ce robot ne traite pas. |
Sur les honoraires, le guide ne tranche pas et se contente d'observer que l'IA peut les faire varier dans les deux sens. L'observation la plus utile pour un cabinet est ailleurs : le temps que ces outils font gagner est très majoritairement du temps non facturable, chercher une pièce, reconstituer une suite de dates, remettre un document au format. Un gain sur du temps qui n'était pas facturé ne crée aucune obligation de baisser une note, et l'annoncer autrement à un client serait aussi inexact que de lui facturer davantage au motif que le travail a été fait plus vite.
À lire ensuite
Questions fréquentes
Le guide du CNB est-il obligatoire ?
Ni règlement, ni modification du texte qui régit la profession : il ne crée aucune obligation nouvelle. Il énonce la façon dont les obligations existantes s'appliquent à ces outils, ce qui en fait la référence qu'une instance disciplinaire consultera si la question lui est soumise. Le traiter comme facultatif serait un calcul risqué pour un gain nul.
Un logiciel juridique spécialisé règle-t-il la question du secret professionnel ?
Il la déplace, il ne la supprime pas. Un outil conçu pour le droit change l'endroit où vivent vos données et la qualité des réponses, pas la personne qui en répond. Les deux points à vérifier au contrat restent les mêmes que pour n'importe quel outil : le lieu d'hébergement des données, et l'engagement écrit de ne pas les réutiliser pour améliorer les modèles.
Un collaborateur a déjà utilisé un outil grand public sur un dossier, que faire ?
Ne pas en faire une affaire disciplinaire interne, et traiter les deux choses dans l'ordre. D'abord établir ce qui a été transmis et à quel outil, pour savoir de quoi l'on parle. Ensuite ouvrir un accès cadré, parce qu'une interdiction sans solution de remplacement rend l'usage invisible au lieu de le faire cesser, et que c'est le cas le plus fréquent dans les cabinets aujourd'hui.
Notre assurance de responsabilité civile professionnelle couvre-t-elle une erreur due à l'IA ?
C'est une question à poser à votre assureur, et la réponse dépend de votre contrat. Ce que le guide établit en revanche, sans ambiguïté, c'est que la responsabilité envers le client reste entièrement la vôtre et qu'aucune stipulation d'un éditeur ne la transfère. L'assurance peut donc couvrir la conséquence financière, elle ne déplace pas l'auteur du manquement.
Faut-il une clause dans nos conventions d'honoraires ?
Hors des deux cas où l'information est obligatoire, ce n'est pas exigé, et le guide propose une clause type pour les cabinets qui souhaitent la poser. Son intérêt est moins juridique que relationnel : elle évite d'avoir cette conversation dans le mauvais contexte, c'est-à-dire au moment où un client découvre l'usage par lui-même.
Passer à l'action
Savoir ce qui est déjà utilisé chez vous
La première chose à établir dans un cabinet n'est pas ce qu'il faudrait mettre en place, c'est ce qui tourne déjà, sur quels comptes et sur quels documents. Cet état des lieux se fait en un échange et il ne coûte rien. Il produit la liste factuelle dont vous avez besoin pour trancher le reste, avec votre bâtonnier si la matière l'exige.

Roman Sebag
Découverte 45 min
Réservez votre créneau avec Ceremonia
Bientôt disponible
La réservation en ligne ouvre bientôt
L'agenda n'est pas encore branché. En attendant, écrivez-nous en indiquant vos disponibilités : nous fixons ensemble un échange de 45 minutes en Visioconférence Google Meet.
Passer par le formulaire de contact


